Il est des vies qui suivent une route toute tracée. La mienne a toujours suivi l'horizon.
Avant que les pinceaux ne deviennent mes compagnons de chaque jour, c'est la mer qui a guidé ma vie.
Très jeune, j'ai découvert le monde maritime. D'abord comme fusilier marin, puis comme marin professionnel, capitaine de bateaux à passagers, pêcheur sportif et navigateur, j'ai passé une grande partie de ma vie sur l'eau.
La mer m'a appris la patience, le respect des éléments, mais surtout le goût de la découverte. Chaque escale était une nouvelle rencontre, chaque île une nouvelle culture, chaque lever de soleil une palette de couleurs différente.
C'est pourtant aux Antilles françaises que mon regard d'artiste s'est véritablement éveillé.
Pendant dix-sept années, j'ai vécu à Saint-Martin, partageant mon temps entre le charter, la pêche sportive et la vie quotidienne des habitants.
J'y ai découvert bien davantage que des paysages de carte postale.
J'y ai rencontré un peuple dont la joie de vivre semblait toujours plus forte que les épreuves.
Après les cyclones, les maisons renaissaient encore plus colorées.
Les marchés débordaient d'épices, de fruits tropicaux et de sourires.
Les carnavals transformaient les rues en un immense théâtre où chaque costume racontait une histoire.
Les voiliers glissaient sur une mer turquoise pendant que les flamboyants embrasaient les collines de rouge.
La Guadeloupe m'a offert d'autres souvenirs.
Les marchés parfumés aux épices, les restaurants créoles où se mêlaient les parfums des poulets boucanés, des accras de morue et des plats mijotés dans une ambiance chaleureuse.
Là encore, les couleurs semblaient faire partie du quotidien.
Mon métier m'a ensuite conduit dans l'océan Indien.
Au large de l'île Maurice, la pêche rythmait les journées.
À chacun de mes retours, je retrouvais l'île de La Réunion et son majestueux Piton de la Fournaise.
Devant cette force de la nature, je comprenais combien les paysages peuvent marquer une vie.
Bien avant ces voyages lointains, il y eut la Bretagne.
Entre l'île de Sein et Ouessant, j'ai appris un autre visage de la mer.
Une mer plus rude, plus exigeante, mais tout aussi magnifique.
Les ciels changeants, les falaises, les tempêtes et les ports bretons continuent encore aujourd'hui d'habiter ma mémoire.
Pendant toutes ces années, je photographiais les paysages, les bateaux, les villages, les marchés et les scènes de vie.
Sans le savoir, je construisais déjà la mémoire qui allait nourrir mon travail de peintre.
Mes premières œuvres furent réalisées à l'huile.
Aujourd'hui, je travaille principalement à l'acrylique, avec le même désir : transmettre une émotion plutôt que reproduire fidèlement un paysage.
Chaque toile est un souvenir transformé par la couleur.
Une lumière aperçue au détour d'une baie.
Un sourire croisé sur un marché.
Un voilier rentrant au port.
Une plage silencieuse au lever du soleil.
Mes peintures ne cherchent pas seulement à représenter un lieu.
Elles racontent une vie passée à voyager, à observer et à s'émerveiller.
Elles sont le reflet des cultures qui m'ont accueilli, des personnes rencontrées et des horizons qui ont façonné mon regard.
Si mes tableaux invitent au voyage, c'est parce qu'ils sont eux-mêmes nés du voyage.
Aujourd'hui, installé au Québec, je continue à peindre avec la même passion.
Chaque nouvelle toile est une nouvelle escale.
J'espère que, le temps d'un regard, elles vous donneront envie de prendre le large à votre tour.
Luc Vorelli
CARNAVAL